Pendant des années, la balance était mon ennemie. Et ma drogue.
Chaque matin, le même rituel. Me lever. Aller aux toilettes. Enlever tous mes vêtements. Monter sur la balance. Retenir ma respiration. Regarder le chiffre.
Et laisser ce chiffre décider de ma journée.
Si j'avais perdu 200 grammes, j'étais de bonne humeur. Je méritais un petit plaisir. Peut-être un croissant. J'avais été "sage" après tout.
Si j'avais pris 500 grammes, ma journée était foutue. Je me sentais nulle. Grosse. Dégoûtante. À quoi bon faire des efforts si rien ne marchait?
Ce chiffre sur la balance avait un pouvoir immense sur mon humeur, mon estime de moi, mes choix alimentaires. Un pouvoir qu'il n'aurait jamais dû avoir.
Parce que ce chiffre mentait. Chaque jour.
Il ne me disait pas que j'avais mes règles et que je retenais de l'eau. Il ne me disait pas que j'avais mangé salé la veille et que c'était temporaire. Il ne me disait pas que j'avais pris du muscle en allant à la salle.
Il me donnait juste un nombre. Un nombre qui fluctuait de 1 à 2 kilos selon les jours, les heures, ce que j'avais mangé, bu, si j'avais été aux toilettes.
Et moi, je prenais ce nombre comme une vérité absolue. Comme un jugement. Comme une note sur 20.
J'ai fait tous les régimes. Weight Watchers. Keto. Jeûne intermittent. Comptage de calories obsessionnel. À chaque fois, je perdais. Et à chaque fois, je reprenais. Plus qu'avant.
Le problème, ce n'était pas les régimes. C'était ma relation avec ce chiffre. Cette obsession quotidienne qui me rendait folle.
Un jour, une amie m'a dit quelque chose qui m'a marquée.
"Tu te pèses tous les jours mais tu sais même pas si tu progresses vraiment. T'as aucune idée de tes mensurations. T'as aucune idée de ta tendance sur le mois. Tu regardes juste un chiffre random chaque matin et tu laisses ça te détruire."
Elle avait raison.
Je n'avais aucune vision d'ensemble. Juste des micro-données quotidiennes qui me faisaient paniquer ou espérer sans aucune logique.
Elle m'a montré comment elle faisait. Elle se pesait une fois par semaine. Le même jour. À la même heure. Et elle notait tout dans un tableau. Son poids. Ses mensurations. Comment elle se sentait.
Mais surtout, elle regardait la TENDANCE. Pas le chiffre d'un jour. La courbe sur un mois. Sur trois mois.
Quand elle avait une "mauvaise" semaine, elle ne paniquait pas. Elle regardait la courbe. Si la tendance était bonne sur le mois, une semaine ne voulait rien dire.
Ça a changé ma façon de voir les choses.
J'ai cherché un outil pour faire pareil. Pas une appli qui me bombarderait de notifications et me culpabiliserait. Pas un truc compliqué avec des macros et des calories à tracker.
Juste un endroit simple pour noter mon poids, mes mensurations, et voir ma tendance sur le temps.
J'ai trouvé un Suivi Perte de Poids sur Google Sheets. Simple. Visuel. Je rentre mes chiffres une fois par semaine. Et je vois ma courbe. Ma vraie progression.
La première semaine, j'ai pris 400 grammes. Avant, j'aurais paniqué. Abandonné. Mangé mes émotions.
Mais là, j'ai juste noté le chiffre. Et j'ai attendu la semaine suivante.
La deuxième semaine, j'avais perdu 700 grammes. La courbe descendait.
La troisième semaine, stable. La courbe restait basse.
En un mois, j'avais perdu 1,2 kg. Pas spectaculaire. Mais RÉEL. Et surtout, je le voyais. Sur une courbe. Pas dans le chaos des fluctuations quotidiennes.
Ça fait six mois maintenant. J'ai perdu 7 kilos. Lentement. Sans régime draconien. Sans me priver. Sans me détester.
Mais surtout, j'ai perdu autre chose. L'obsession. La peur de la balance. Le pouvoir qu'un chiffre avait sur ma journée.
Je me pèse une fois par semaine. Je note. Je regarde ma courbe. Et je vis ma vie.
La balance n'est plus mon ennemie. C'est juste un outil. Un point de données parmi d'autres.
Si tu as une relation toxique avec ta balance, je ne vais pas te dire d'arrêter de te peser. Je vais te dire de changer comment tu te pèses. Et surtout, comment tu regardes les résultats.
Une courbe sur un mois dit la vérité. Un chiffre un matin ne dit rien.
Change de perspective. Tout change avec.

